lundi 10 août 2015

DevOps: une chance à ne pas rater pour la DSI

DevOps: une chance à ne pas rater pour la DSI

Dans le numéro spécial Juillet-Aout de IT for Business (sommaire) ouvert aux DSI, GreenSi a publié une tribune d'opinion sur DevOps: pourquoi les DSI ne doivent pas rater le train DEvOps.


Depuis un an, en France, le sujet DevOps a quitté les meetups de geeks pour arriver dans les conférences IT, dans le vocabulaire des fournisseurs et bien sûr à la DSI.

DevOps, c'est un état d'esprit de collaboration entre les équipes de développement (celles qui construisent le système) et les équipes d'exploitation (celles qui le font tourner). Des équipes qui par le passé, on été séparées par les règles de gouvernance visant à assurer l'indépendance de la production et surtout un rythme d'évolution du SI beaucoup plus lent.

Mais dans une économie numérique, le développement doit devenir agile. Une agilité rendu nécessaire par le "test & learn" sur de nouveaux marchés, par le rythme effréné des mises en production des plateformes internet et surtout par le nouveau datacenter universel vers lequel tout converge: "le cloud".

Un datacenter "logiciel" (software defined) qui requiers de repenser la façon de fabriquer, sécuriser, déployer, exploiter et surveiller les applications qu'il héberge. Du moins, si on veut réellement bénéficier de la rupture qu'il apporte.

Et puis, les nouvelles applications de l'internet sont de plus en plus composites. Intégrant par exemple des flux météo venant de serveurs d'un fournisseur de données, une solution de paiement proposée par une banque ou du stockage sécurisé sur une autre plateforme Cloud. Cette hétérogénéité révèle une réalité nouvelle: le bon fonctionnement de votre datacenter n'est plus qu'une condition nécessaire au bon fonctionnement de vos applications. Mais ce n'est plus suffisant, car vos applications seront intégrées de plus en plus à un ecosystème.

Vos développements vont donc devoir aussi travailler avec plusieurs équipes d'exploitations et vous allez même surveiller des ressources dont vous n'êtes pas propriétaire, mais qui sont pourtant essentielles, à la qualité de service perçue par vos clients.

DevOps c'est ce chaînon agile manquant entre les équipes de développement et les opérations.

 C'est une attitude et un comportement, bien avant d'être un outil ou une méthode. Une collaboration qui va mettre la fin aux équipes en silos, permettre le développement et la livraison en continue de vos applications et mieux aborder la qualité de ce processus de production de la DSI redevenu essentiel. A tel point que son externalisation doit être repensée ou renégociée si il est déjà totalement en dehors de l'entreprise.

Mais DevOps c'est surtout une chance pour la DSI. Car bien avant le reste de l'entreprise, elle va pouvoir développer une compétence essentielle à l'avenir: l'agilité.

Si elle le fait savoir en ouvrant la porte de ses "ateliers de fabrication" et de "supervision des plateformes numériques" aux autres Directions, elle peut apporter à l'entreprise, par l'exemplarité, une accélération de sa transformation agile. Car avec l'économie numérique, c'est bien l'entreprise tout entière qui à une nécessite de transformation agile. Et le système d'information doit y jouer le rôle d'un des acteurs de tête d'affiche.

Regardez le buzz autour des "fab labs" (usines de fabrication communautaires et contraction de fabrication laloratoy) qui repensent la conception des produits et des imprimantes 3D, qui permettent de nouvelles formes de production. 


L'entreprise est en train de réaliser qu'elle n'est pas condamnée a de longues études de nouveaux produits, puis une production de masse en usine. On peut fabriquer une première version, itérer, l'imprimer en petite séries, tester et commercialiser le produit, apprendre, puis faire évoluer le produit, voire décentraliser la production dans des écosystèmes.

Le lien entre les bureaux d'études et la production devient plus agile, plus itératif, et l'entreprise y gagne en flexibilité. Ça ne vous rappelle rien?
Le développement logiciel dans le Cloud bien sûr.

La bonne nouvelle c'est donc que les DSI qui ont intégré une approche DevOps sont en avance, pour la transformation agile, sur le reste de l'entreprise. Et avec l'agilité, une avance aussi sur l'amélioration continue ("lean"). Profitons que le numérique, qui devienne la norme!

Or l'agilité ne se décrète pas. L'agilité se vit. Car c'est une transformation. Et une transformation " ça doit faire mal", comme quand Bruce Banner se transforme en Hulk, ce super héros vert de l'univers de Marvel. Sinon, c'est qu'on ne se transforme pas.

Et ça la DSI à a chance de la savoir et de l'avoir vécu et de pouvoir en témoigner!
SIRH: la transformation digitale au point mort?

SIRH: la transformation digitale au point mort?

Dans un numéro spécial RH qui vient de sortir, la revue des centraliens a posé à GreenSI la question de la transformation digitale des Directions des Ressources Humaines dans l'entreprise. Une opinion générale mitigée, écrite autant pour faire réagir que pour réveiller...

Où en sont les RH dans la maîtrise du numérique?

Depuis son origine dans les années 1960, le système d'information d'entreprise s'est développé pour toucher de plus en plus de domaines. Une extension d'abord fonctionnelle, Comptabilité/Finances, Production, puis Ressources Humaines (SIRH), avec une logique d'automatisation et de support des processus. La partie commerciale avec le CRM a ensuite occupé le devant de la scène.

En 2000 c'est la collaboration et le partage au sein de l'entreprise qui a développé le SI en dehors des processus. Aujourd'hui, la transformation "digitale" en cours, pousse encore plus loin l'usage des systèmes d'information vers les clients et les partenaires, via Internet, en exploitant tous les équipements connectés, et en premier lieu les smartphones, mais demain les objets connectés. 
Bizarrement, quand en 2015 "en dehors de l'entreprise" 3 milliards d'individus sont connectés, que certains partagent en ligne leur voiture et leur appartement pour compléter leurs revenus, recherchent un emploi, se forment, voire s'épanchent sur les réseaux sociaux ou tiennent des blogues lus par des milliers de professionnels chaque semaine, l'horloge du SIRH s'est souvent arrêtée 10 ans en arrière à l'automatisation des bulletins de salaires.

Le R de RH a coïncidé avec le celui de l'ERP, (pour Enterprise Ressource Planning), et la simple gestion des "ressources". Les SIRH les plus avancés dématérialisent les documents, mais peu de RH ont mené des projets collaboratifs de fond, ou et le renforcement des compétences numériques des salariés, deux leviers clefs du digital. Où alors ils sont tous très discrets...

La RH pourtant engagée très tôt dans l'informatisation, semble s'être arrêtée à l'automatisation d'une seule de ses deux missions, celle de la gestion administrative des salariés. Puis elle est passée au point mort et semble maintenant regarder passer les autres directions fonctionnelles, le commercial et marketing en tête.

Alors que dans ses attributions, elle anime bien la gestion des ressources humaines, c'est à dire les compétences, la formation, la gestion de carrière pour ne citer que ces parties plus stratégiques de la fonction. Mais peu de systèmes pilotés par les RH exploitent l'informatique, et plus généralement le numérique, pour cela.
Pourtant "l'extérieur de l'entreprise" montre le formidable potentiel des technologies pour développer de nouvelles formes de collaboration et l'intelligence collective. Des formes qui en quelques années ont dépassé le simple stade "social" (Facebook,...) pour en arriver à des modèles de production (RBnB, UberPop,...) impliquant les acteurs dans de véritables entreprises dont ils ne sont pas salariés.

Sans parler des MOOCs (et YouTube) qui reposent de nouvelles bases pour l'éducation et la formation par la vidéo. 

Une transformation numérique qui a été menée par bien peu de DRH, malgré les multiples conférences RH 2.0 ou même 3.0 qui ont pu fleurir ces dernières années

Le programme de la prochaine conférence "Digital RH Meeting 2015" en octobre, est d'ailleurs très instructif avec sa keynote sur "Transformer l'entreprise par le collaboratif, mythe ou réalité?". Comment en 2015 peut-on encore se poser cette question en regardant ce qui se passe sur internet autour de nous, et même dans la rue avec des manifestations quand le changement va trop vite?

Une transformation pourtant inéluctable

Et comme c'est souvent le cas quand on ne conduit pas une révolution, elle se produit quand même, mais de façon plus désordonnée et sans contrôle. Le partage et la collaboration dans l'entreprise, se sont donc développés sans pilotage, au travers des outils mis à disposition par la Direction des SI et parfois la Direction de la Communication. 

Que ce soient les réseaux sociaux d'entreprises qui ont permis le développement de communautés internes, les intranets et espaces documentaires pour partager les connaissances, ou le développement de la mobilité et de terminaux permettant au plus grand nombre d'accéder aux emails, la technologie irradie de plus en plus l’entreprise. Finie l'époque où pour communiquer il fallait un PC réservé statutairement aux managers. Et l'email n'est plus la seule forme de communication, à côté des réseaux sociaux et autres messageries instantanées, même si elle reste encore dominante et pas toujours prévue dans les règlements de services mis à jour par les RH... 

Il est donc temps de se préoccuper de "l'efficacité numérique" des salariés, et de la sécurité de leurs données (virus, phishing, faux ordre, piratage...) comme on a pu se soucier auparavant de leur bien être et de leur sécurité dans l'entreprise. Peut être même de ce que l'on commence à appeler la "detox numérique", quand certains font un usage professionnel trop poussé de ces outils. Mais, pitié dans cet ordre! Avant de freiner 5% des excès, stimulons 95% des potentialités.

Et quand ces outils numériques ne sont pas fournis par l'entreprise, la transformation en cours pousse les salariés à utiliser des plateformes externes (Gmail, Facebook,...), souvent les mêmes qu'ils utilisent à titre personnel, car pratiques et simples d’utilisation. Parfois mettant souvent en péril les informations de l'entreprise voire la sécurité du système d'information.

C'est ainsi que les férus de communication vont amener leur propre smartphone en entreprise et travailler avec (tendance dite du BYOD - Bring Your Own Device) et ceux en manque de reconnaissance de leur manager ou des RH, d'aller mettre à jour leurs principales réalisations sur les sites professionnels externes comme LinkedIn/Viadeo ou des blogues spécialisés. 
Car dans le monde digital, le modèle dominant est celui de la reconnaissance par les autres (vous savez le fameux 360° pas toujours mis en oeuvre dans l'entreprise). Les compétences validées par vos pairs dans LinkedIn ont certainement plus de valeur en terme d'employabilité que la potentielle lettre de recommandation que vous pourriez obtenir de votre manager en fin de contrat. 

Vous l'avez compris la révolution numérique est en marche, elle s'appuie sur les femmes et les hommes de l'entreprise, l'une des ressources clefs de celle-ci, et il sera difficile de l'arrêter. Les RH semblent dépassés par cette révolution, mais est-ce que c'est grave docteur? 

Une nouvelle opportunité pour les RH

Pour les entreprises qui vont devoir affronter de jeunes pousses, riches en motivation de leurs salariés, en capital investissement et en idées de ruptures, et qui veulent réinventer leur industrie, cela risque d'être vite un handicap de ne pas pouvoir mobiliser les compétences digitales et l'intelligence collective des salariés.

Car c'est bien sur l'internet que la bataille décisive va être menée dans les années qui arrivent. Et Maurice Lévy, le PDG de Publicis Groupe a lancé un terme pour cela: "se faire uberiser". 

Dans le B2B - échanges entre entreprises - les compétences expertes sont un élément clef dans les processus d'achat et d'influence du marché. Vos blogueurs et autres salariés reconnus et influents dans une sphère technique, peuvent incarner cette expertise de l'entreprise. D'ailleurs on dit bien qu'une entreprise est la somme de ses talents. Mais si ces experts ne sont pas visibles dans le cyberespace, c'est toute l'entreprise qui y sera aussi invisible.

De façon plus générale, pour toutes les entreprises, dans toutes les industries, les cloisons entre l'externe et l'interne tombent. La collaboration s'installe donc aussi à la frontière de l'entreprise. Les compétences collaboratives développées en interne, seront aussi utiles en externe, avec les clients et les partenaires pour répondre aux nouveaux enjeux de la co-compétition. 

La bonne nouvelle pour les RH, c'est que les frontières entre la vie privée et professionnelle se déplacent. Donc leur champ d'influence diminue (paradox !). Là où avant l'entreprise devait former des salariés à l'utilisation des PCs qui n'existaient pas à la maison, maintenant la technologie pré-existe à la maison avant d'entrer dans l'entreprise, comme ce fut le cas pour l'iPhone et les tablettes tactiles. Les salariés sont donc certainement prêts a prendre en charge une partie de l'effort à faire pour leur efficacité numérique et à développer eux même cette meilleure employabilité dans un monde numérique. Tout du moins dans le secteur privé où la garantie de l'emploi n'est pas acquise. 
 
Mais pourquoi l'entreprise ne s'impliquerait-elle pas aussi dans la formation au digital de ses salariés?

Pour rendre les salariés plus efficaces et surtout leur éviter de prendre des risques et leur permettre de bien maîtriser la sécurité informatique. Des certifications simples, supportées par des cours en ligne permanents, sont à mettre en place et à coordonner avec les enjeux de la stratégie digitale de chaque entreprise. En retour, dans leur sphère privée, ils seraient plus sensibles aux risques de perte d'information personnelles et moins vulnérables aux attaques et autres arnaques qui prolifèrent sur internet. 
Et puis si l'entreprise recherche des formes d'organisation du travail plus agiles, le télétravail et le co-working seront certainement des options à revisiter à l'heure de l'ubiquité numérique, mais qui demanderont au préalable l'acquisition de cette maturité numérique partagée. Par ceux qui vont télé-travailler, mais surtout par les autres pour vivre le télétravail comme une nouvelle organisation numérique et pas comme une contrainte. 
 

Une nouvelle entreprise numérique, aux salariés agiles et influents dans le monde digital, et dont les produits numériques sont utilisés par des millions de personnes dans le monde, émerge. Dans ce monde de machines et de logiciels, la mission des RH a encore plus de sens qu'avant: valoriser au mieux le capital humain.
Alors, repassez vite la première!

dimanche 26 juillet 2015

Sortez un périscope au coeur de l'actualité

Sortez un périscope au coeur de l'actualité

Periscope est une application mobile de streaming vidéo, rachetée par Twitter en mars 2015. Elle illustre la capacité de rupture, la vitesse d'évolution et les nouveaux usages du numérique dans le secteur des médias.

En février 2015, Meerkat débarque sur les mobile iOS uniquement. C'est un choix pour aller plus vite rencontrer son marché, et une première leçon de "lean" pour la DSI. Pourquoi lancer en bloc au bout de 12 mois une application sans aucun retour utilisateur, alors qu'un lancement partiel en quelques mois permet d'apprendre par les premiers retours et de réorienter la suite du projet?

Meerkat ça veut dire suricate en anglais, ce petit mammifère qui vit en groupes dans lesquels certains restent debout sur leur pattes arrières en sentinelles pour prévenir de tout danger. C'est un peu l'idée qu'il faut garder en tête pour comprendre ce que fait l'application.

Meerkat, c'est une application de streaming vidéo en direct (le petit suricate debout). Mais surtout Meerkat casse les codes de la vidéo sur internet: pas de stockage long terme comme sur Youtube ou Dailymotion, mais du temps réel pour donner les moyens à tous de filmer depuis son smartphone.
Et pour ceux (les petits suricates couchés) qui regardent sur leur mobile les vidéos émises en "live", de pouvoir interagir avec celui qui filme (le petit suricate debout) via des micro-messages. D'autres applications similaires existent, mais Meerkat a eu le coup de génie marketing de réussir à devenir l'attraction du salon South by Southwest (SXSW 2015) à Austin, en mars 2015 - dont GreenSI avait déjà parlé - en proposant aux participants de partager le salon avec le monde entier. 

Devant le succès rencontré, Twitter, le réseau social centré sur l'information temps réelle (lui aussi révélé au SXSW, mais en 2007), annonce avant la fin du salon, le rachat de Periscope (G sur la courbe). Périscope est l'un des concurrents de Meerkat, qui prends ainsi un sérieux avantage en étant intégré fortement au réseau social Twitter

Quatre mois plus tard, Periscope est largement devant Meerkat en nombre d'utilisateurs et de partage (voir article ZDNet de Benoit Darcy), mais surtout en terme de notoriété, comme en atteste cette analyse sur Google Trends :

 
Et ce malgré la riposte de Meerkat qui signe un accord avec Facebook en mai 2015 (C sur la courbe). Tout va donc très vite dans ce monde vidéo temps réel qui émerge pour permettre "d'explorer le monde au travers des yeux des autres", comme dit le slogan de Périscope.

 

Pour quels usages ?

Comme à chaque nouvelle application qui fédère dans le monde des centaines de milliers d'utilisateurs en quelques mois, ce qui est intéressant ce sont les usages. A quoi peut donc servir de "streamer" de la vidéo en direct depuis son smartphone? 

Et pour avoir testé en consultation et en streaming, depuis quelques semaines, la vidéo est de relativement bonne qualité... quand la prise de vue n'est pas trop amateur ;-)


L'intérêt est bien sûr pour tout ce qui concerne l'actualité.

D'où certainement le rachat immédiat par Twitter qui se positionne comme LE média mondial du direct et vise frontalement les CNN et autres chaines d'information en continu, via ses millions de membres et non via des journalistes aux 4 coins du monde. On peut noter aussi la vitesse de décision de Twitter quand elle s'impose. De nombreux groupes du CAC40 n'auraient à ce jour a peine lancé l'étude avec le cabinet "de conseil" payé pour enterrer le sujet ;-) 
 

GreenSI a pu constater que cette année les défilés du 14 juillet et les feux d'artifices de la veille ont été très couverts sur Périscope. Les usages démarrent donc aussi en France. 

Mais ce type d'application est aussi utilisé sur des événements plus tragiques comme vendredi 24 juillet à Los Angeles, un homme armé qui s'était barricadé dans sa maison encerclée par la police. Les témoins diffusaient sur Periscope.
Les vidéos "LIVE" sont encore visibles quelques jours après le tournage, ce qui permet de les partager sur les réseaux sociaux.

Les TVs et groupes de médias ont certainement une question a se poser sur cette capacité a intégrer dans leur stratégie de la vidéo temps réel filmé en direct par de simples citoyens

Par exemple jeudi 23 juillet, la visite surprise de François Hollande à l'Ecole 42, n'a pas été couverte par les médias, car... elle était vraiment surprise!
Visiblement aucun média n'avait été prévenu.

Mais sur Periscope, GreenSI alerté par Twitter, a pu la suivre quelques minutes car les élèves hyper-connectés de cette école d'informatique ont eu le réflexe de filmer l'arrivée du Président avec Xavier Niel (en blanc) et son parcours dans la "piscine" (où les élèves codent et dorment parfois...).

Ce qui pose la sempiternelle question que l'on a tous en tête à chaque 20h: "c'est quoi l'actualité?". Ce que les médias montrent à 20h ou ce qui se passe vraiment quelle que soit l'heure?
Meerkat, Périscope et Twitter sont en train de changer massivement cette perspective.

Mais la maîtrise d'un tel média, en direct et réparti sur n'importe qui et n'importe où, va être difficile. Elle pose les mêmes questions que les Google Glasses sur la vie privée, mais bizarrement aujourd'hui personne ne s'en offusque encore.

On peut trouver des règles de bonne conduite sur le site de Periscope qui laissent cependant perplexe sur leur capacité a être respectées :

Pourtant, avec le temps, GreenSI croit beaucoup a ce média comme un média de collaboration au sein d'une communauté. De pouvoir partager des moments en direct avec des personnes qui ont le même intérêt que vous. Surtout si à l'avenir ce média est relié aux autres réseaux pour permettre de bénéficier des "followers" que vous avez déjà en place, sans être obligé d'en recréer un nouveau.

Finalement l'idée de Meerkat au SXSW pour partager le salon est à garder. C'est un moyen de rendre accessible de partout sa participation a un événement physique, et plus simplement que les streaming des conférences par les organisateurs, quand il y en a... 

Certains utilisateurs de ces nouveaux outils font d'ailleurs visiter leur ville, ou la ville de leur déplacement. Ceux qui aiment le disent en direct en touchant leur écran, ce qui sur Périscope affiche les petits coeurs de la couleur du participant. Les commentaires sont à gauche et comme avec tout média mondial, ils peuvent être en n'importe quelle langue. 134 personnes sont en direct au moment de la copie d'écran, mais on peut ensuite retrouver la liste des participants et suivre (ou bloquer) ceux que l'on souhaite. 

Ce retour d'information sur l'audience des vidéos est bien sûr essentiel pour celui qui filme et lui permettra de s'améliorer et de rencontrer son public.

Les offices de tourisme devraient s'intéresser a cet usage, et se rapprocher, de blogeurs influents (il vaut mieux avoir une audience déjà établie) ou de personnalités, qui voudraient partager leurs visites de leur région.

Dans le même style, mais avec des visées plus politiques (au sens "qui traite de la Cité"), GreenSI a détecté de timides usages d'élus dans leur ville. Par exemple celui d'Anne Hidalgo, Maire de la capitale, qui depuis une semaine tourne sur Periscope des séquences sur son agenda dans la capitale: petit tour en Velib, visite de Paris plage, retransmission du discours du pape aux Maires lors de la préparation de la COP21, visite du beach volley devant l'hôtel de ville,...
 
Précisons que Anne Hidalgo n'est pas une novice dans le collaboratif, et utilise déjà beaucoup les réseaux sociaux, notamment Facebook, pour organiser des rassemblements citoyens, comme ceux pour décider des priorités de budgets d'investissements (budgets participatifs). Elle est donc très suivie sur Périscope car elle a déjà une audience "sociale" très large.

Cette participation des élus est une idée très intéressante et a encourager, puisque cela peut donner une idée plus concrète des sujets en cours dans la ville, et surtout, pour ceux qui regardent, d'interagir immédiatement et de donner un retour aux élus. On peut cependant conseiller aux élus de ne pas filmer que du paysage, mais de parler pour commenter et parfois de tourner la caméra vers soi pour montrer que ce n'est pas un "community manager" envoyé en mission, mais bien un(e) élu(e) engagé(e) qui est sur le terrain avec son smartphone ;-)

Twitter ne s'y est donc pas trompé avec son logo en forme de périscope géolocalisé, c'est certainement une application qui va redynamiser la relation de proximité. Ceux qui agissent sur un territoire devraient l'intégrer dans leurs réflexions. Et GreenSI y réfléchi pour couvrir l'innovation autour des systèmes d'information (à suivre...), alors peut-être à bientôt sur Périscope.

dimanche 19 juillet 2015

Le Cloud, la ville et les citoyens

Le Cloud, la ville et les citoyens

Explorer les relations entre le Cloud, la ville et les citoyens, était le thème de la conférence sur la ville intelligente, organisée par le Forum Atena le 8 juillet dernier. 

Animateur de la table ronde, GreenSI a choisi d'y revenir cette semaine pour illustrer la formidable évolution des usages qui va de pair avec la transformation numérique des villes.

Avec 2,2 milliards de personnes interconnectées via leur smartphone (+23% en 2014.), 4,9 milliards d’objets connectés en 2015, dont une majorité individuels, et 25 à 50 milliards annoncés en 2020 selon les estimations, le plus grand "rassemblement" d'humains sur la planète, c'est le Cloud.

En dix ans, le Cloud est devenu une place de marché globale autour de laquelle s'organisent les échanges, se creusent les inégalités (entre ceux qui y ont accès et les autres) et se redistribuent les cartes.

Un rôle que la ville a joué ces 2000 dernières années, quand elle s'est construite autour des échanges économiques, au carrefour des routes, et a développé sa propre sécurité, parfois même sa propre monnaie. Mais son modèle n'est devenu dominant que ces 200 dernières années, avec l'arrivée de nouvelles technologies (assainissement, eau, électricité...) rendant ce modèle "dense et vertical" efficace et tenable. En France, c'est 80% de la population (statistiques) qui vit aujourd'hui en milieu urbain.  

Cette première étape franchie, la ville de demain sera celle qui saura entrer en symbiose avec le Cloud. 

Pour cela, mobiliser l’intelligence de ses citoyens pour rendre son modèle durable et encore plus efficace. Car le Cloud, c'est à dire l'ensemble des services numériques et des données auxquels les internautes peuvent accéder depuis leur smartphone, leur ordinateur et leurs objets connectés, est en train de s'imposer pour produire de nouvelles formes d'organisations dans tous les secteurs. 

Dans les transports, au delà de la question de la remise en cause des réglementations existantes, il n'y a aucun doute sur le fait que, la géolocalisation des personnes et de l'offre, permet d'optimiser le système de transport, et donc, entre autres, de réduire la pollution.  Que ce soit pour prendre un taxi, connaître l'offre de transport en commun ou pour trouver la voiture partagée la plus proche.
La pollution, sujet majeure des villes qui revient régulièrement sur le devant de la scène, et cette semaine avec un rapport du Sénat qui en montre l'aberration économique. Alors pourquoi ne pas imaginer à moyen terme, des villes ne reposant que sur un parc de véhicules de transports partagés et mutualisés pour tous les habitants?

Dans les services de proximité, le prêt d'un appareil entre voisins (perceuse, tondeuse,...) est plus économique, pour son portefeuille et pour l'environnement, qu'aller en voiture en louer un à 40 km, puis le ramener 2h plus tard. Surtout que ces appareils sont utilisés un faible pourcentage de leur temps. L'économie du partage, c'est souvent celle du bon sens.

C'est donc de la capacité non utilisée qui est in fine proposée, au lieu de produire un nouvel équipement, et d'utiliser plus de ressources. Quand on y réfléchi, la densification des villes n'a pas encore exploité la surabondance des équipements (amenés par les habitants) par rapport aux besoins globaux. Une approche qui d'ailleurs n'est pas sans rappeler l'origine du... Cloud!
Et oui, quand on possède ses propres datacenters, ils sont dimensionnés "sur la pointe", et en général utilisé à moins de 50% de leur capacité. Pire, ces serveurs sont alimentés 100% du temps, car on a pas encore inventé le serveur "start & go" comme dans l'automobile. Une capacité non utilisée, qui a donné l'idée à Amazon, au départ un simple libraire sur internet, d'imaginer AWS (Amazon Web Services) pour partager cette capacité inutilisée et développer un nouveau modèle d'hébergement mutualisé, depuis devenu célèbre et générant une bonne partie de ses revenus.

 

Le Cloud et la ville ont donc beaucoup à partager. Avec au moins deux impacts qui ont été débattus lors de la table ronde rassemblant des élus, des "aménageurs" du territoire, physique ou numérique, et des startups (qui seront cités par la suite):
  • la fin des cathédrales technologiques centralisées
  • le rôle de l'économie collaborative

La fin des cathédrales technologiques centralisées

La ville a abordé, ces 10 dernières années, sa transformation numérique avec l'organisation de véritables "schémas directeurs" d'évolution vers des "villes intelligentes". S'appropriant le terme "Intelligente", ou "smart", pour mettre en avant le potentiel d'optimisation de son modèle qu'il lui reste à optimiser avec le numérique, après avoir organisé presque totalement l'espace physique.

Barcelone et Montréal, par exemple communiquent largement sur cette transformation engagée des deux côtés de l'Atlantique. Car c'est bien de l'optimisation d'un modèle d'organisation dont on parle.

Mais l'image (communiquée par les premiers projets) du "Centre de Commande" qui contrôlerait tout dans la ville, via la technologie et la collecte de toutes les interactions qui seraient analysées en temps réel, est en train de s'estomper.

Une illusion entretenue, sans surprise, par les budgets marketing des vendeurs de technologies comme IBM ou Cisco, pour ne citer qu'eux.

Le Cloud et ses économies d'échelle, montre que les capteurs, les réseaux et les citoyens connectés sont bien dans la ville, mais que les services se développent plus facilement dans le Cloud, parfois à l’échelle de la planète. 

Et puis comme nous l'a rappelé Carlos Moreno dans sa keynote, la révolution informatique n'est qu'une des quatre révolutions en cours qui transforment le monde et la ville de demain. La robotique ou les nanotechnologies auront certainement aussi un rôle à jouer dans le modèle de la ville du futur et amèneront surtout une perspective beaucoup plus décentralisée.
La question pour la ville, n'est donc pas de construire son "centre de commande" centralisé et ses services, mais de s'assurer qu'elle est bien "cloud ready" pour bénéficier des prochaines innovations qui vont déferler de cette plateforme de services. 

Cloud ready: c'est à dire vérifier que, du citoyen à l'accès au Cloud, il y a de moins en moins de barrières pour développer, partout, de nouveaux usages avec de nouvelles plateformes de services. Les retours d'expériences des dernières années montrant que la difficulté principale est bien au niveau de la participation citoyenne, et de la réduction de la fracture numérique. C'est donc sur ce terrain que l'élu doit maintenant convaincre, évangéliser et lever toutes les barrières.

L'excellente nouvelle amenée par cette vision est pour les villes de tailles intermédiaires. Celles qui n'avaient pas les moyens de suivre la surenchère des budgets des premiers projets de "Smartcity". Car elles vont pouvoir accéder a des plateformes mutualisées, en développer localement les usages, et sans en payer totalement les investissements. 

Et pour sensibiliser ces villes aux enjeux du numérique, Pascale Luciani-Boyer, élue à Saint-Maur des Fossés et membre du Conseil National du Numérique, a compilé un ouvrage qui se veut éclairant pour les décideurs politiques et administratifs de la puissance publique: l'élu(e) face au numérique.

Un ouvrage qui fait prendre conscience aux élus de l'évolution demandée des compétences territoriales, depuis les NTIC, en passant par les TIC et vers le Numérique, consacré par la formule "Tous pour Tous". 


L'économie collaborative pour prendre le relais

Car pour le développement des usages et la construction des services, des organisations citoyennes (comme Metropop) ou des startups, sont en train de s'emparer de certain sujets, avec les moyens et les méthodes de l'économie du partage et de la participation des citoyens. Des acteurs qui comprennent bien le mobile, le collaboratif, l'expérience utilisateur et demain les objets connectés, et qui se concentrent sur la création de liens, de valeur et de relations de proximité. Le lien entre le local et le Cloud, cette connexion de la ville et de ses citoyens à la plateforme d'innovation que le Cloud représente.
Chez Welp, le premier site d'entraide gratuit entre particuliers qui lance cette semaine sa campagne décalée "Welp une mamie", c'est Marie Treppoz qui  nous explique que son projet repose sur l'idée de créer du lien entre personnes, entre générations. 

Une façon de retrouver l'entraide naturelle entre les habitants qui s'est peut être perdue dans le modèle de la grande ville. Vous voulez aider, allez vous inscrire sur le site. Vous cherchez de l'aide (pour vous ou un proche) allez vous mettre en relation. En cette période de canicule et de vacances, on comprend bien le service amené et délivré par les habitants avec ce type d'initiatives.

Chez Kawaa, pour Corinne Dardelet, le message est clair, on est là pour créer des rencontres dans la vie réelle! La technologie, via une plateforme, est donc mise au service de la relation et de la communication de proximité. Tordre le coup à l'idée que les réseaux sociaux ne créé pas de "vrais" relations. Une idée ancienne mais dont le modèle s'affine, et surtout nous propose des alternatives aux grandes plateformes américaines reposant uniquement sur la valorisation des données personnelles.

Des acteurs du privé comme SoLocal (ex. Pages jaunes) se lancent d'ailleurs dans ces services de proximité avec Hamak, a l'instar d'Amazon qui réalise des expérimentations dans plusieurs pays.

On mesure pour les villes, le potentiel de reconnecter toutes les initiatives locales existante, et toutes les communautés locales, a ce type de plateformes. Et celui d'éviter que chaque association, ou chaque comité de quartier, réinvente ses propres outils, avec peu de chance qu'ils atteignent le seuil de la masse critique.
 
Le rôle de la municipalité est donc certainement clef pour encourager, montrer la voie, mais aussi être exemplaire en utilisant ces plateformes pour ses propres actions (sociales ou pas). A Issy-les-Moulineaux où s'est tenue la conférence et où tout ou presque a été expérimenté autour de "Smart City", c'est l'orientation prise par Issy-Média, avec Eric Legale son Directeur Général, qui stimule toutes ces initiatives et ces innovations pour faire émerger les "Smart Citizens".

La force de "la multitude" et de ses citoyens connectés permettra à la ville de mobiliser l’intelligence de ses citoyens. 

C'est dans ce sens et vers le Cloud que les projets de villes intelligentes vont certainement réorienter une partie de leur efforts à l'avenir. Car l'économie collaborative est aussi pour la ville un moyen de valoriser les initiatives de chacun (réduction des déplacements, lien social, temps gagné, économies,...) et donc d'amener un modèle économique, et non technologique, à la ville intelligente.